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  • 23 décembre 2025

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8 minutes

393 AC

Mais qu'est-ce que je fais, au juste ?

À quel moment je me suis dit que c'était une bonne idée ? Je m'agrippe comme je peux au plumage minéral de mon oiseau, tandis qu'une ombre immense passe au-dessus de ma tête. Et le pire, c'est que si je survis, je suis sûr que je vais me prendre une sévère rouste de la part de Soledad... Quand on s'est croisés juste à l'instant, j'ai vu qu'elle me regardait chelou. Genre mais qu'est-ce que tu fais là ? Je pense pas qu'elle réalise à quel point je me pose exactement la même question.

Une ombre me recouvre, faisant disparaître le soleil. Je lève les yeux, et l'angoisse fait place à l'émerveillement. Halua passe au-dessus de moi, si proche que je pourrais le toucher. Je sens mon estomac se nouer tout de même, autant parce que j'ai l'impression d'être une puce comparé à lui, qu'à cause du traitement qu'il vient de subir. Je peux voir son épiderme lacéré d'entailles et couvert de brûlures, qui heureusement se résorbent petit à petit. OK, c'est un monstre. Mais pas comme les autres l'entendent. C'est une splendeur de la nature, un être à révérer, et non à traquer…

Je m'aperçois que j'ai la bouche ouverte, et je la ferme en hâte parce que : 1, j'ai pas envie de gober un moucheron, même si à cette altitude, c'est peu probable ; 2, je sens qu'elle se dessèche à cause du vent ; et 3, maman me dit que j'ai l'air bête quand je fais ça.

Et c'est pas le moment de rester ébahi. Déjà, sur les îlots voisins, des chasseurs — Bravos mais pas que — sont en train de se poster sur les crêtes et au bord des précipices. Je peux les voir de là où je suis, perché sur mon oiseau blindé : des petites fourmis besogneuses qui s'agitent... Sauf qu'elles sont armées de lances, de harpons et de carreaux à percussion. Prêtes à finir le travail. Tout ce que je sais, c'est que je dois les en empêcher. Je sais pas comment, mais j'ai pas le choix, je dois le faire. Je dois le faire.

Puff, il faut que tu…

J'ai pas le temps de finir ma phrase. Une énorme turbulence, née du battement d'aile d'Halua, me propulse en arrière comme un simple fétu de paille. Je me cramponne comme je peux pour pas tomber à la renverse, et cent mille scénarios-catastrophe commencent à se jouer dans ma tête tandis que ma monture volante chute comme une pierre. Est-ce qu'on va heurter un îlot et s'aplatir comme une crêpe ? Ou bien pire encore, est-ce qu'on va tomber dans la Mer de Tumulte ? Je ferme les yeux et murmure des prières et des encouragements à mon coucou caparaçonné.

Shhhwouf ! Il étend les ailes in extremis au-dessus des nuages, les effluves roses du Tumulte faisant muter son buste. Il se met à planer de nouveau au prix de quelques plumes minérales et de quelques idées parasites sur son pennage. Quant à moi... Sueurs froides, nausée, cœur qui bat à cent à l'heure. C'est clairement pas passé loin…

Puff bêle soudain dans ma tête, et je comprends que j'ai pas le temps de reprendre mes esprits. Pas le choix, il faut qu'on enclenche le turbo... Caressant l'arrière de sa tête, j'implore mon oiseau de jade de bien vouloir chevaucher les courants ascendants, de venir couper la ligne de mire des chasseurs... Plus vite. Allez, encore un effort, mon grand…

On coupe soudain la trajectoire des projectiles. Lances, flèches et autres fusées se fracassent sur l'armure du grand volatile. Je ferme les yeux parce que ça pétarade dans tous les sens, parce que chaque boum manque de me faire lâcher prise. Quand papa et maman vont savoir que j'ai fait ça, je pense que je vais me prendre un de ces savons... Et franchement, je l'aurai mérité, parce que j'ai beau faire défiler dans ma cabèche les justifications — nan, mais c'était juste un petit feu d'artifice ; en vrai, il est pas si grand que ça, Halua ; j'ai pas fait exprès d'être là, je passais juste dans les parages —, ben j'arrive même pas à me convaincre moi-même.

Ha ha, la dérouillée que je vais prendre…

Alors que j'ouvre les yeux en survolant les rangs des chasseurs, je vois que beaucoup — et je les en remercie — ont retenu leur coup. Mais quelques tirs fusent quand même. À cause de la fumée, j'ai les yeux qui piquent et je tousse. J'ai mal aux mains tellement elles sont crispées. J'ai le ventre noué. Mais ce que disait Eru me revient. Laisser parler l'instinct. Ne pas réfléchir. En contrebas, un autre chasseur est en train de viser. Sans hésitation, je demande à mon Eidolon de s'interposer. Et même s'il est déjà bien amoché, il amorce une courbe pour bloquer la ligne de vue. Avec un peu de chance…

Baoum !

Alors que j'espérais que le chasseur interromprait son geste, le harpon nous percute, et le choc est tellement fort que je me mords la langue. Tandis que je sens des larmes naître au coin de mes yeux, je perds le contrôle de mon Altération. Je vois trente-six chandelles se matérialiser autour de ma tête avant de tomber dans le vide…

Un nouveau bêlement résonne dans ma tête — plus fort, cette fois —, et je me retourne soudain en entendant les jappements de mon Alter Ego. Alors que ma bouche s'emplit d'un goût métallique, j'essaie par une simple vague de sensation de lui faire comprendre que tout va bien, que... Non, il ne m'entend pas. Il n'est pas en train de seulement rouspéter…

Oh non. Puff ? Puff, non !

Je le vois charger tête baissée vers une compagnie Bravos, fulminant comme pas possible. Je grimace en le voyant percuter de plein fouet l'un des chasseurs, puis causer du grabuge dans la mêlée. Aïe aïe aïe, c'est trop dur de l'arrêter quand il voit rouge comme ça. Coup de cornes par-ci, coup de sabots par-là... Je dois... Non, non et non, je dois pas me laisser distraire. Je lève les yeux vers Halua, qui promène son ombre imposante au-dessus de nous, comme un cerf-volant de la taille du ciel.

J'en ai le souffle coupé tellement il est majestueux et impressionnant. Le fait de le voir percer les nuages d'altitude comme une nappe de plancton, de le voir survoler l'archipel comme Nout enveloppe le monde de son manteau de nuit...

Je me mets à chercher du regard la planche à réaction de Soledad. Si seulement elle pouvait le voir comme je le vois. Si seulement... J'ouvre grands les yeux, tandis qu'une idée pas si folle que ça me percute. Et c'est toujours mieux qu'un harpon.

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Il va se faire embrocher, s'il continue comme ça…

Je serre les dents. Qu'est-ce qu'il fait, bon sang ? Ce foutu mioche est en train de tout foutre en l'air. J'active mes propulseurs pour tenter de le rattraper, histoire de le ramener à la raison — et à la maison en un seul morceau. Est-ce qu'il se rend compte dans quel guêpier il s'est fourré ?

Je le suis à toute blinde tandis qu'il zigzague entre les îlots, son maudit volatile déployant les ailes pour couvrir Halua. Il plonge, slalome entre des récifs d'Aérolithe, remonte vers l'embuscade suivante. Je chevauche mon skyboard, modifiant mes appuis pour profiter des courants. Je peux me faufiler dans des interstices que son piaf ne peut pas emprunter, et je gagne du terrain. Je le vois se tourner vers moi en coup de vent, et je le fixe en retour.

Je m'approche de lui par le côté, pour lui hurler de s'arrêter — s'il m'entend — ou pour saisir les rênes de son bestiau... Et c'est précisément à ce moment-là que je réalise qu'il a ralenti volontairement son allure pour que je le rattrape. Un piège.

Avant que je ne puisse réagir, je sens quelque chose venir chatouiller la surface de mon esprit : une sorte de léthargie, qui semble vouloir anesthésier mon cerveau. Je secoue la tête, cligne plusieurs fois des yeux pour chasser la sensation, avant de comprendre.

Kauri. Son esprit est en train de tenter de se lier au mien. Des émotions se déversent en moi, vivaces. Ce ne sont pas des mots, juste des impressions. Et je sens qu’elles titillent quelque chose en moi pour ressortir, pour émerger du trou que j'avais creusé pour elles. J'essaie de lutter. Mais c'est comme essayer de maintenir un couvercle sur un geyser, comme écoper une barque qui prend l'eau…

Regarde, Sol.

L'espace d'un moment, je vois Halua avec mes yeux d'enfant. Je me remémore les livres que je lisais, les explications de mon frère, quand il essayait de répondre à toutes les questions que je lui posais sans arrêt. Je me vois en train de regarder le ciel dans l'espoir d'apercevoir Kaibara. Je me souviens des maquettes de Léviathans, en bois et papier, qui pendaient depuis les poutres du bureau de Saul ; mes dessins mal crayonnés de Nebula, Cadracal, Meander, Hylida, affichés sur le mur ; le regard parfois agacé de nos parents, qui nous écoutaient jacasser à l'heure du repas... Même si je tente de noyer ces sentiments, ils affleurent en flots continus, et mon cœur se met à battre à toute allure.

Le regard affligé de mes parents, devant la tombe vide…

Je secoue la tête, et tente de chasser l'émoi de ces réminiscences. Je serre les dents et toise Kauri, opposant toute la volonté que je peux à la sienne. Je sens le lien se déchirer peu à peu, au fur et à mesure que je le repousse, que je le rejette, que je le fous hors de moi... Je vais pour reprendre mes esprits. Je tends la main pour lui saisir le col, alors qu'il ouvre grand les yeux et que s'y lit un début d'inquiétude. Puis soudain, sorti de nulle part, je sens comme un violent coup de matraque contre ma tempe, comme un coup de bélier psychique m'emboutir de plein fouet.
C'est comme un barrage qui cède soudain…

"Regarde, Sol."

J'arrête de mâchonner mon crayon, et lève les yeux vers Saul. Bien contente d'abandonner mes devoirs, au moins pour quelques minutes, je me précipite vers l'antique bureau, laissant tomber mon cahier sur le rugueux tapis sur lequel j'étais allongée.

Je pousse quelques livres et m'assieds derrière lui, sur la commode, comme j'avais pris l'habitude de le faire à chaque fois qu'il avait quelque chose à me montrer.

"Tiens, lis ça."

Je plisse les yeux en prenant l'épais volume qu'il me tend : le "Codex Linificus" d'Ascanios Fenn.

"Si le Mana est le ciment qui lie une idée à l'existence, les Muna prétendent qu'il n'agit pas en vase clos. Chaque idée peut être décomposée en d'autres idées, reliées entre elles. Ce qu'ils appellent le Skein serait un réseau de Mana chargé de le faire. Par son entremise, elles façonneraient une idée composite, pour former une chose, un individu. Ce que nous considérions comme un tout. Mais leur vision ouvre un tout nouveau champ d'exploration : les choses et les individus pourraient-ils être liés à l'échelle macroscopique ? Les Muna revendiquent que c'est l'union de Niavhe et de Kaibara qui les a éveillés à cette vision du monde, à la perception de ce réseau. Ne serait-il pas judicieux de faire l'entière lumière sur ce récit historico-légendaire, au moins pour découvrir comment un Léviathan a prétendument pu permettre à des êtres humains de le discerner ?"

Je lui rends le gros livre, un peu perdue.

"Imagine ce qu'il pourrait se passer si, au lieu de chasser les Léviathans, on essayait de les comprendre, de se lier à eux, enchaîne-t-il tout de go. Peut-être que ça nous permettrait d'en savoir encore plus sur le monde !"

Je sens les larmes couler sur mes joues, vite chassées par le vent.

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Mon cœur se serre soudain. Les émotions de Sol remontent le long du Skein et m'affectent. Je me mords les lèvres en ressentant sa peine, son deuil, sa colère... C'est comme un déluge. Je sais que je ne dois pas les laisser m'envahir complètement, mais c'est dur. Elles collent comme de la sanicle après un passage dans les hautes herbes…

Mais c'est pas à moi de les sentir. C'est pas à moi de la comprendre.

Mon regard se tourne vers Halua, et je me demande si je vais y parvenir. Mais quelque part en moi, je sais que j'ai pas vraiment le choix. J'étends mon Skein vers le Léviathan, comme les tiges de passiflore qui tournicotent pour sonder autour d'elles. Je sens petit à petit mon esprit caresser une conscience, tellement massive que j'ai l'impression bizarre que je suis un ruisseau en train de rejoindre une mer.

Je sens la colère et la rage. Je sens la douleur et la détresse. Elles sont si grandes, si puissantes. Elles viennent par vagues, se fracassent contre moi. Et je panique soudain face à ce raz-de-marée. Il y a du chagrin, du désespoir, de la supplication, et en même temps, de l'incompréhension, de la rancœur, de la rancune. J'ai l'impression d'être à leur merci, comme quand notre ferme a été détruite par un séisme. Je pouvais rien faire, juste regarder et prier pour survivre.

Comme une fourmi sous la botte d'un géant…

Puis, alors que les émotions déferlent et que je me dis que c'est la fin des haricots, quelque chose s'interpose et me protège. C'est Puff. Lui aussi subit le torrent, et c'est comme si sa laine vaporeuse était gobée bouchée après bouchée par des enfants affamés au stand de barbe à papa de la kermesse... Mais il tient tête. Sa toison se reforme, utilisant son Mana comme une louchette de sucre en poudre jetée dans le souffleur…

Il ne tiendra pas longtemps. Je dois dompter ça.

Portées par les émotions filtrées du mastodonte, des visions et des souvenirs bourgeonnent comme des bulles dans ma tête. Je vois Halua, pas plus grand qu'un cerf-volant, sortir de l'écorce d'un arbre comme un poussin sort d'une coquille d'œuf. Je le vois voler en compagnie d'humains, se lovant contre eux, jouant avec eux. Il y a de l'amour, presque inconditionnel. Il les aime et ils l'aiment. Tout comme ils aiment et vénèrent l'arbre qui grandit et les unit. Car les humains veillent sur l'arbre. Ils le chérissent. Il est pour eux l'espoir, et ils en prennent soin.

Jusqu'au jour où ils l'ont saigné pour récolter sa sève.

Et Halua n'a pas compris. Il n'a pas compris pourquoi après tant d'années à le faire grandir, ils se sont mis à le ponctionner comme des sangsues, à se repaître de ses fruits comme des hyènes voraces. Les sourires bienveillants étaient devenus des rictus carnassiers. Peut-être l'avaient-ils toujours été ?

Halua a tenté de leur faire reprendre raison. Encore et encore, il a tenté de les éloigner, de faire barrage. Lui était né de l'arbre, il était né pour le protéger. C'était sa charge, sa fonction. Et il pensait que les humains voulaient la même chose. Mais les humains toléraient de moins en moins qu'il se mette en travers de leur route. Un jour, il fut capturé par eux. Il fut retenu prisonnier, forcé de ressentir la souffrance de l'arbre. Il heurta encore et encore les murs de sa prison, sans parvenir à s'échapper. Las de ses simagrées, ils le transportèrent au-delà de la lisière des nuages, pour qu'il vive en exil, sans plus les importuner.

Mais encore maintenant, il ressent la souffrance de l'arbre. Il ressent sa peine. L'arbre l'appelle à l'aide. Et les humains doivent payer pour ce qu'ils lui infligent... Car ça n'a jamais été de l'amour. Ils avaient juste attendu qu'il devienne assez grand pour pouvoir l'exploiter.

Je regarde et je ressens. Même si ça fait mal, je me force à pas détourner les yeux. Parce qu'à côté de moi, Sol regarde aussi.

Ce sont des décennies d'émotions qui s'abattent sur moi. Celles de ce monstre. Et je suis directement dans sa ligne de mire. Mon image se reflète dans ses yeux, des billes si grosses qu'elles pourraient accueillir un airship. Mais cette image, c'est celle d'une fillette en train de pleurer, et de promettre que jamais plus elle ne sera faible. C'est celle d'une enfant, dévastée par la perte de son frère, qui n'arrive pas à faire son deuil. Au lieu de ça, elle enterre son innocence, et met en pièces tous les contes de fées auxquels elle croyait.

Il observe à travers l'anis de son regard une petite fille qui ne comprend pas ce qui se passe autour d'elle, le cortège de visages flous et endeuillés qui défilent sous ses yeux. Il assiste à la veillée interminable, ressent le nœud dans son ventre, qui ne voulait pas partir, et aussi le goût de la bile dans sa gorge, quand elle est allée aux toilettes. Il contemple sans ciller le chagrin, la détresse, la supplication, et en même temps, l'incompréhension, la rancœur, la rancune.

Ils prétendent que son navire a été attaqué par Garuda, et que l'appareil s'est disloqué à l'impact. Mais même ces mots, elle ne les comprend pas, elle ne parvient pas à l'envisager. Non, il va revenir. Elle sur ses genoux, lui ado, avec un grand livre d'images devant eux. Elle l'écoute. Au lieu de papa ou maman, c'est lui qui lit une histoire le soir. Et forcément, la plupart du temps, ce sont des histoires avec des Léviathans. Niavhe et Kaibara, Nuur et Annoba, Abelen, Maya et Kacchena... Il les adore, et elle les adore aussi.

C'est sa passion. Ses parents disent que c'est une obsession. Mais lui n'en a que faire. Il sait ce qu'il veut. Il veut prouver qu'on peut les voir autrement. Alors il travaille sur son airship, il passe son brevet de pilote. Le soir, il se documente à leur sujet, il fait des recherches jusque tard dans la nuit. Parfois, quand elle doit aller aux toilettes, elle peut voir que son bureau est allumé, et elle se glisse à l'intérieur pour rester avec lui et s'endormir sur le canapé ou le tapis. Papa et maman le grondent parce qu'il passe plus de temps à rêvasser des Léviathans qu'à suivre les cours, mais il ne peut pas s'en empêcher. Alors il rigole, un peu gêné, ce qui les énerve encore plus. Mais pas elle.

Elle ne voyait pas où était le problème. D'ailleurs, elle le défendait bec et ongles. Ça faisait partie de lui. Alors elle n'a pas compris pourquoi quelque chose qu'il aimait tant lui avait voulu du mal. Pourquoi, alors que tout ce qu'il faisait, c'était par respect et adoration ? Lui voulait un monde où humains et Léviathans pourraient vivre ensemble, et coexister.

Alors elle avait rejeté l'idée, encore et encore. Dire que les Léviathans étaient le mal incarné, c'était piétiner ce en quoi Saul croyait. Mais avec le temps qui file et la douleur de son absence ; avec les larmes de son père, quand il croyait être tout seul ; avec le regard hagard de sa mère, perdu dans le vague à chaque fois qu'approchait la date d'anniversaire, cet amour inconditionnel était devenu haine.

Cette injustice la hante. Ils ont répondu à l'amour par la cruauté. Alors désormais, elle va en faire de même. Les Léviathans vont payer pour la souffrance qu'ils ont infligée.

Je regarde mes propres souvenirs comme une spectatrice, et je vois se jouer ceux d'Halua en parallèle. C'est étrange comme ils se répondent, s'accordent, et entrent en résonance. Deux vies opposées dont les trajectoires se reflètent, kaléidoscope d'échos mis en diapason.

Je dévisage le monstre, et c'est comme regarder dans un miroir en train de se briser.

Je dévisage le monstre, pour m'apercevoir que moi aussi, j'en suis devenue un.