
Anatomie de l’Imaginaire

Lore
14 février 2024
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Le Voile
Depuis des temps immémoriaux, l'immatériel était séparé du monde réel par le Voile, une barrière qui se superposait au monde entier et assurait l'équilibre entre ces deux plans d'existence. Il y avait d'un côté l'Empyrée, monde des rêves et de l'imaginaire, et de l'autre la réalité, synonyme du monde matériel.
Il était en partie poreux : des idées pouvaient traverser le Voile dans un sens comme dans l'autre. C'est ainsi que les deux plans interagissaient et s'enrichissaient mutuellement. Les êtres humains puisaient dans l'Empyrée leur inspiration pour modeler la réalité, à travers les rêves ou l'imagination ; en retour, ce qu'ils créaient influençait le monde onirique, y faisant naître de nouveaux êtres, de nouveaux paysages, de nouveaux objets...
Pour ceux qui parviennent à le voir, le Voile est un canevas aux multiples facettes qui ondule au gré des courants d'idées qui le traversent. Sa surface est irisée, mouvante, comme s'il avait été façonné par des aurores boréales. Autrement, cette couverture ondoyante qui recouvre la réalité comme une mer moirée demeure invisible aux yeux des mortels.
L'Empyrée
À chaque fois que l'esprit humain façonne un être, un pays, une histoire, toutes ces choses imaginées ou rêvées se mettent à exister dans l'Empyrée. Et plus ces idées sont transmises et colportées, plus leur écho dans le monde de l'imaginaire se renforce et prend de la consistance. C'est ainsi que depuis la nuit des temps, de nombreux lieux — Avalon, l'Olympe, Oz, l'Atlantide... — ont germé dans l'Empyrée, forgeant des royaumes, des pays, des contrées... une multitude de territoires oniriques, indépendants et pourtant liés.
Certains sages et philosophes disent que l'Empyrée est synonyme de l'inconscient collectif, et qu'il existera tant qu'il restera des êtres humains pour penser ; que c'est un plan d'existence infini, qui continue sans cesse de grandir et de se modifier au fur et à mesure que l'être humain fait appel à son imagination.
L'Éther
"Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau"... C'est ce que disait le philosophe Anaxagore de Clazomènes sur la matière il y a des millénaires de cela.
Et il en va de même pour les idées. Les êtres et les choses, en plus d'être composés de matière, sont façonnés d'idées et de concepts immatériels. Un soldat se dressant devant l'ennemi sera teinté de l'idée du courage. Un oiseau, par essence, possède en lui l'idée intrinsèque du vol. Au fil du temps qui passe, de nouvelles idées peuvent se greffer sur les êtres ou les choses. L'idée de la peur peut se surimposer sur le loup, l'idée de la liberté peut se joindre à celle de l'horizon... Toutes les idées résonnent entre elles dans un splendide maillage, une tapisserie dont tous les fils sont entrelacés.
L'Éther est le tissu de l'Empyrée, tout comme la matière et les ondes sont celui de la réalité. Il est constitué d'idées désincarnées, volatiles et mouvantes. Et cette substance ruisselle aussi jusque dans l'esprit humain depuis l'autre côté du Voile. C'est ce que l'on nomme communément l'inspiration. C'est en effet l'être humain qui a hérité de la capacité de combiner ces idées, et de les ressentir, par le biais de son esprit, de son imagination.
À travers lui, l'Éther peut se mettre à exister dans la réalité. Autrefois, c'était seulement de façon indirecte : un sculpteur pouvait donner forme à de l'argile, un peintre pouvait recouvrir sa toile de pigments, un inventeur pouvait matérialiser un objet en le confectionnant... Tous ces biais étaient et restent un moyen de faire exister une idée au sein du monde.
Mais dorénavant, le Tumulte a chamboulé ce processus naturel. L'Éther, par son biais, se fixe de façon erratique sur les êtres et les choses sans aucune logique. Heureusement, l'humanité a réussi à domestiquer un tant soit peu ce phénomène, à travers l'Altération. Tout comme le Tumulte, cette capacité permet de matérialiser des idées de manière directe, mais cette fois par le filtre de la pensée et de la volonté. Grâce au Mana, les Altérateurs peuvent rendre tangibles leur imaginaire et leurs souvenirs.
Mana & Quintessence
Si l'Éther est la substance de l'Empyrée, la Quintessence est celle de la réalité. C'est uniquement lorsque de l'Éther s'imprègne sur de la Quintessence que l'idée qu'elle véhicule s'incarne physiquement dans la réalité.
L'Éther est l'idée immatérielle, le concept d'une chose (comme un plan ou un schéma). La Quintessence est la substance (le matériau) qui permet aux idées de devenir tangibles, d'exister au sein du monde. Et dans cette analogie, le Mana est le ciment qui permet aux deux de se lier, l'énergie qui maintient Éther et Quintessence en un tout cohérent.
Mais quand le Tumulte souffle sur le monde, l'Éther est parfois arraché de la Quintessence comme la peinture peut être décollée du canevas d'un tableau... Si ce violent processus disperse dans le monde des idées orphelines, il laisse derrière lui une toile vierge, que d'autres idées nomades peuvent venir à leur tour recouvrir. Cet arrachement laisse aussi dans son sillage des gouttelettes d'énergie d'une lueur bleutée : le Mana.
C'est cette énergie que les Muna collectent et redistribuent dans la nature, dans le but de renforcer le monde. Car plus un lieu est gorgé de Mana, plus il devient résistant aux flux du Tumulte. Les idées qu'il contient s'enracinent profondément dans la texture même de la réalité. À terme, il peut même devenir une Oasis, capable de repousser le Tumulte comme un anticyclone repousse certains phénomènes météorologiques.
La Confluence
Nul ne sait comment advint la Confluence. Le Voile s'affaiblit tout à coup, sans explication. Une partie des contrées de l'Empyrée traversa soudainement la barrière pour venir se surimposer à la réalité, comme une vague venant engloutir le monde. Depuis une gigantesque brèche, l'Éther se déversa directement sur la réalité, sans passer cette fois par le filtre de l'esprit humain. De cette déchirure se mit à souffler le Tumulte, un ensemble de flux instables et bouillonnants d'Éther, de torrents furieux et destructeurs...
Telle une vague entrant en collision avec la grève, l'Éther se fracassa partout, s'insinua dans les êtres et les choses. Et là où il déferlait, il faisait muter tout sur son passage, imprégnant la réalité, la transformant de façon erratique et incontrôlable. Au fur et à mesure, les métropoles humaines et les étendues sauvages s'entremêlèrent aux paysages oniriques et aux cités fabuleuses de l'autre versant, façonnant un nouveau monde dont la topographie et les lois physiques étaient profondément altérées et se modifiaient sans cesse. D'un claquement de doigts, la Confluence avait fait du monde un maelström tumultueux, un enfer quasi invivable.
L'Altération
De tout temps, l'être humain a possédé en lui la faculté d'imaginer ; un potentiel de création infini. Tout être humain a toujours eu la possibilité de jongler avec les idées, de les combiner, de les séparer, de les tordre, de les transformer... Mais dorénavant, cette imagination peut s'exprimer dans le monde de façon tangible. Un boulanger capable d'Altération mineure pourra manipuler l'idée du feu pour cuire son pain juste à la bonne température. Un menuisier sera capable de faire appel à l'Éther pour l'aider à réaliser des formes autrement impossibles...
Pour autant, certains individus, par un talent inné ou un labeur acharné, ont fait de cette compétence leur spécialité. Ces Altérateurs ont développé leur capacité d'influencer le monde, de le modeler en faisant appel à leur imagination. Mais pour accomplir de tels prodiges, ils ont dû apprivoiser autant que possible l'énergie instable qu'est le Mana. S'ils ne font pas obligatoirement partie d'une Faction, beaucoup d'entre eux rejoignent les rangs de ces regroupements, selon la philosophie qui leur parle le plus. Car ils sont nombreux à ressentir en leur for intérieur que leurs dons démiurgiques doivent s'ancrer dans un courant d'idées pour mieux être canalisés.
Les Eidolons
L'Altération ne permet pas seulement de matérialiser des choses inanimées. Elle permet aussi d'appeler des êtres conscients : les Eidolons, des images-fantômes façonnées par l'esprit. Mais en de nombreuses occasions, ces créatures ont pu agir de leur propre initiative, avec des ambitions personnelles dépassant la seule volonté de ceux qui faisaient appel à eux. Car ces Eidolons sont en réalité un reflet dans la réalité d'êtres à part entière, dont le lieu d'existence véritable se situe dans l'Empyrée.
Il existe des myriades d'entités au-delà du Voile : certaines ne sont que des souvenirs, perdurant fugacement dans le monde de l'imaginaire en attendant que l'oubli les emporte, tandis que d'autres sont bien plus anciennes, existant depuis la nuit des temps. Leurs noms ont résonné dans le monde des humains depuis des millénaires : Horus, la Belle au Bois Dormant, Amaterasu, Peter Pan ou Fafnir pour ne citer qu'eux. Et ces créatures de l'imaginaire se nomment elles-mêmes les Oneiroï, les habitants des songes.
Si autrefois, les Oneiroï se réunissaient en "panthéons" distincts et clairement identifiés, la globalisation de la civilisation humaine les a fait se rencontrer, s'affronter, échanger, nouer des alliances au sein de l'Empyrée... Les divinités et autres créatures imaginaires se sont unies selon le concept qui sous-tendait leur identité plutôt que selon leur appartenance régionale. Ainsi Actéon s'est mis à côtoyer plus souvent Tzapotlatena qu'Aphrodite, et Conall Cernach passait plus de temps avec Hercule qu'aux côtés de Lug. Cette redistribution progressive des cartes a profondément bouleversé la géopolitique de l'Empyrée.
Mais la Confluence a tout autant disloqué le monde de l'imaginaire qu'elle a ravagé la réalité. Les Oneiroï ont été isolés, séparés. Leurs royaumes se sont pour certains fracturés. D'autres ont été annihilés ou perdus. Leur pouvoir, jadis extraordinaire, s'est amoindri suite à la quasi-extinction de l'humanité. C'est pour cela qu'ils apportent leur assistance aux humains, car leurs sorts respectifs sont profondément liés.
Il est dit que les Oneiroï peuvent venir rendre visite aux humains à travers leurs rêves, mais l'Altération permet désormais de les faire exister temporairement au sein de la réalité. Il n'est pas rare de faire appel à eux pour leur poser de simples questions, ou demander leur secours dans des cas désespérés. Au fil des années, les humains et les Oneiroï, bien que séparés par le Voile, ont noué de profonds liens, en vue d'avancer main dans la main.
Un nouvel âge mythologique
De nombreux théoriciens de l'Éther se demandent si le monde n'est pas entré dans un nouvel âge mythologique. Les anciennes légendes parlent de créatures chimériques : Pégase, centaures, yôkai et autres harpies. Elles parlent aussi de landes féeriques, de lieux hors du temps... Il se pourrait très bien que le monde, d'après ces penseurs, soit soumis à des cycles réguliers de création et de recréation. Peut-être que dans un lointain passé, la réalité et l'imaginaire s'étaient déjà entrechoqués de cette manière, que des Eidolons arpentaient le monde comme maintenant ? Si cette théorie s'avérait fondée, cela pourrait sous-entendre que la Confluence est un phénomène naturel et périodique, comme l'alternance des nuits et des jours...