Inari

L'harmonie peut naître d'un simple acte de sollicitude, comme une rizière peut germer à partir d'un seul grain de riz.

Histoire


Le son des taiko emplit l'air, tandis que des étincelles jaillissent du feu de joie et dérivent dans le ciel nocturne. Les prêtresses accélèrent la cadence, leurs baguettes frappant la peau de leur tambour. La musique est enivrante, l'atmosphère irréelle. Je lève mon instrument à grelots et l'agite en entamant quelques pas de danse. Mes gestes sont aussi lents que possible, comme papa me l'a appris avant notre départ. J'essaie de ne pas m'attarder sur le public, même si je sais que tous les regards sont tournés vers moi pour mon premier office. Mon cœur bat fort, mais je lui demande de se calmer. Beaucoup espèrent que les prochaines récoltes seront florissantes, et comptent sur moi pour bénir les cultures. Je canalise l'énergie qui vient de la forêt, des ruisseaux, des loirs et des blaireaux. Je l'absorbe comme une onde, douce et voluptueuse. Il est temps d'invoquer Inari, et de lui témoigner nos offrandes.

Le Mana se diffuse autour de moi, et la divinité prend forme non loin de la pagode. Sa silhouette est tout d'abord évanescente, avant de prendre plus de consistance. Iel n'a pas choisi de genre cette fois, embrassant une apparence inhumaine et singulière, teintée de l'aspect du renard. L'Eidolon approche et prend part à la danse, adaptant ses gestes aux miens. L'euphorie prend le pas sur le trac, et je me mets à sourire tandis que nos pas s'harmonisent. Les flûtes émettent une complainte stridente dans la nuit, transperçant les sons de la nature. Des lucioles s'illuminent et virevoltent entre les branches, des fleurs crépusculaires s'entrouvrent timidement... Il y a comme une fièvre d'été en ce soir de printemps. Nous tournoyons dans une valse hallucinée. Nous pirouettons, comme deux bourdons autour d'une fleur. Puis la musique s'interrompt soudainement, et nos corps se figent.

Inspiration


Divinité des céréales et des cultures dans la religion shinto et le bouddhisme japonais, Inari peut apparaître sous la forme d'une femme ou d'un homme, mais aussi sous les traits d'un renard. Les Kitsune lui servent d'ailleurs de messagers. D'après les légendes, iel apparut sous l'apparence d'une femme pour mettre un terme à une terrible famine, chevauchant un renard blanc et portant des ballottins de céréales et de grains. C'est pour cela qu'iel a été associé·e très tôt à la notion de fertilité. Pour autant, Inari est aussi le kami patron des forgerons et des marchands. Son sanctuaire le plus connu est celui de Fushimi-Inari, à Kyoto, avec ses innombrables toriis vermillon.

Narré par


Teija

Date


375 AC